Groupe de parole sur la solitude
(à Bruxelles, Belgique)

 

A propos des PASS

 

Les PASS (pour Personnes Anonymes en Situation de Solitude) sont un groupe de parole (reprenant dans les grandes lignes le principe des Alcooliques Anonymes) où des personnes en situation de solitude peuvent, de façon anonyme, venir discuter ensemble de leur solitude en petits groupes. 

Des outils, visant à laisser la solitude derrière soi, sont également abordés lors des sessions des PASS (voir les principes directeurs des PASS détaillés plus bas sur cette page).

Les sessions de ce groupe de parole ont lieu chaque semaine (sauf exceptions) à Bruxelles (voir l'onglet "Accueil" pour les détails pratiques concernant l'horaire et le lieu).

Les PASS ont été fondés par une personne en situation de solitude ayant constaté le peu d’offre en matière de groupes de parole sur ce sujet. Il s’agit d’une initiative spontanée de sa part.

 

 

Principes directeurs des PASS

(Il y en a 14.)

 

Note: à chacun d'exercer son esprit critique et de prendre dans ce qui suit ce qui lui convient.

 

  1. S’interroger sur ses réticences au changement :
    « Aujourd’hui, j’entame un parcours pour laisser derrière moi la solitude. Je fais ce parcours avec intelligence. Je commence en premier lieu par m’interroger avec lucidité sur les freins et blocages en moi qui veulent me pousser à ne pas faire ce parcours (ex: se demander notamment: quels avantages une part de moi (même petite) voit-elle dans le fait de rester dans ma situation actuelle et de ne pas chercher à la changer véritablement? De quoi ai-je vraiment peur si j'entreprends de vouloir changer ma situation? A quoi vais-je devoir me confronter si je veux vraiment y parvenir? Quel pourrait être, dans mon cas, le rapport coûts-bénéfices du changement? Ai-je peur de véritablement essayer de changer ma situation, de crainte de ne plus avoir de solution de secours si j’ai tout essayé et que ça ne marche quand même pas ? Ai-je peur d’être in fine rejeté pour qui je suis si je venais à être vraiment moi-même? Qu'ai-je finalement à perdre à essayer de changer ma situation?)

  2. Gérer son effort sur le long terme et avec stratégie :
    Je gère mon effort pour qu’il puisse durer dans le temps et j’ai une stratégie pour faire le parcours, visant à laisser la solitude derrière moi, à laquelle j’ai réfléchi. En effet, le changement de ma situation demandera un certain temps et je connaîtrai inévitablement au cours de ce processus de changement certains revers ou retours en arrière, heureusement provisoires. J’ai un cap et une stratégie pour y arriver. Je progresse pas à pas, en commençant doucement s'il le faut; l'important étant de ne pas stopper la progression (même si elle paraît lente et hachée au départ) plutôt que de vouloir réussir trop vite.

  3. Accepter de ressentir temporairement la solitude au lieu de chercher à tout prix à la fuir:
    J’accepte de ressentir, ne serait-ce que quelques secondes, la solitude (si elle se présente) au lieu de la fuir. En effet, quand on est en situation de solitude, l’on sent monter l’angoisse existentielle de se sentir seul à un moment ou l’autre et, lorsque survient le moment où la vague de ressenti lié à la solitude arrive, la solitude pique alors comme un froid mordant et terrible (ce qui est un euphémisme). Toutefois (et sans minimiser le ressenti engendré par la solitude), chercher à tout prix à fuir la solitude peut paradoxalement contribuer à renforcer le ressenti négatif de celle-ci et ses conséquences.

    Ainsi, il vaut mieux accepter de ressentir temporairement la solitude, de se laisser au moins quelques instants « traverser » par elle, d’en ressentir au moins un peu le ressenti négatif (à la mesure de ce que l’on est capable de supporter sur le moment). Cette acceptation temporaire de l’émotion permet de faire diminuer son ressenti négatif. Elle évite aussi de se focaliser sur la peur du rejet, ce qui est préjudiciable lors des interactions sociales (ne faisant alors que renforcer un cercle vicieux). L’acceptation temporaire sur le moment n’est cependant en rien de la résignation ou de la capitulation; il faut continuer le processus de changement de sa situation.

    (note : quand la vague de solitude arrive si vous êtes chez vous, sortez de chez vous et aller faire un tour. Marcher, même que 10 minutes, aide.)

  4. Comprendre que la solitude ne vient pas de qui l’on est intrinsèquement mais de ce que l’on a vécu:
    Je prends conscience que la solitude, que je vis actuellement, ne résulte pas de mon moi profond mais de ce que j’ai vécu. Quand on est en situation de solitude, on se sent nul. On a l’impression de ne pas avoir (suffisamment) de valeur (entre autres pour parvenir à plaire à autrui). On a l’impression qu’il y a quelque chose qui ne va fondamentalement pas chez nous, quelque chose qui fait que l’on n’est pas capable d’avoir des amis ou de se lier véritablement. On a l’impression de ne pas être fabriqué comme tout le monde (ex : de ne pas avoir certaines aptitudes ou capacités, dans le champ social, que les autres (la plupart en tout cas) semblent avoir naturellement et utilisent sans y penser et sans effort). L’on se sent tellement différent des autres. Avant tout, l’on pense que la personne que l’on est, intrinsèquement, ne vaut rien ; que le problème vient de qui l’on est à la base. 

    [Note : les quelques lignes qui suivent sont pour la plupart inspirées des travaux de Gabor Maté et de Gwénaëlle Persiaux, auteurs reconnus dans le domaine de la psychologie, et d’une interprétation partielle et propre qui en est faite ici.]
    Il est toutefois capital ici de prendre conscience que la solitude ne vient pas tant de qui l’on est intrinsèquement, mais de ce que l’on a vécu, à savoir des situations de vie (notamment durant l’enfance) qui nous ont façonnés (jusqu’à aujourd’hui tout du moins). En effet, et bien que des facteurs génétiques puissent dans une certaine mesure être liés à la solitude et qu’il puisse y avoir une part d’héritage transgénérationnel (si l’on y croit), la solitude est avant tout causée par ce que l’on a vécu. Des blessures d’attachement durant l’enfance peuvent grandement contribuer à des difficultés relationnelles à l’âge adulte. Il est donc essentiel de comprendre que la solitude ne vient pas tant de qui l’on est mais du fait que l’on n’a pas eu la même chance, que d’autres, d’avoir une situation de vie au départ qui soit favorable. Ces mêmes autres, mis dans une situation de vie difficile, auraient eux-aussi sans doute connu des difficultés relationnelles. Il y a bien sûr des exceptions (ex : des personnes ayant eu une situation de vie difficile affectivement au départ qui sont néanmoins plus tard bien entourées) mais, dans la majorité des cas, la solitude résulte de notre situation de vie au départ et non pas de qui l’on est. Le but n'est pas ici de chercher à se voiler la face mais simplement de prendre conscience de cela.

    Cette prise de conscience est essentielle : au lieu de continuer à s’en prendre à notre moi profond et à douter de notre valeur, on peut alors focaliser notre énergie sur le fait de faire cesser les effets de ce que l’on a vécu, en changeant nos comportements, nos convictions (négatives) sur nous-mêmes et la manière dont l’on se voit, lesquels résultent avant tout d’un vécu dont nous n’étions pas responsables.

  5. Privilégier les efforts pertinents au volume d’efforts :
    Je prends conscience que ce n’est pas tant la quantité d’efforts qui compte mais le type d’efforts que l’on fait. Il faut donc seulement n’opérer que quelques bons changements, ceux qui comptent et fonctionnent vraiment et qui sont parfois à l’opposé de ce que l’on a toujours fait, même s’ils peuvent parfois paraître contre-intuitifs.

  6. Comprendre que je fais désormais partie d’une équipe :
    Je ne suis pas seul dans ce parcours, je fais désormais partie d’un groupe, d’une équipe, d'un collectif. Mes frères et sœurs d’armes des PASS (si l'on peut s'exprimer ainsi) combattent à mes côtés (même si chaque situation est unique). Ma force et la leur, leur force est la mienne.
    Un pour tous et tous pour un !

  7. Se préserver si nécessaire des situations sociales encore trop difficiles :
    J’évite les situations sociales trop difficiles pour moi tant que je ne me sens pas suffisamment armé que pour y adopter d’autres modes de fonctionnement que par le passé. Je me préserve en ne m’exposant pas inutilement. Les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets et pour changer les effets il faut donc changer les causes.

  8. Respecter les principes élémentaires d’une bonne relation à autrui et au groupe:
    Je respecte les principes élémentaires (ex: avoir une bonne hygiène, ne pas se vanter, etc.) pour établir une bonne relation et je fais en sorte de ne pas me mettre à la périphérie du groupe (ex: ne pas s'auto-exclure préventivement du groupe à cause d'une peur anticipée du rejet). Je reconnais que j’ai besoin (même si c’est parfois dur à admettre) de relations sociales. J’investis du temps dans le fait d'identifier les personnes avec qui je pense pouvoir être en adéquation préférentielle et je n'écarte pas d'emblée une personne sans la connaître au moins un peu.

  9. Bloquer les pensées quant à ce qu’autrui pourrait éventuellement penser de moi :
    Je cesse d’être préoccupé par tout signe potentiel de rejet chez autrui. Je bloque la pensée à cet égard, notamment lors de l'interaction avec autrui. Je me concentre sur le contenu de la conversation plutôt que sur ce que je pense qu’autrui pourrait éventuellement penser de moi. Il appartient à autrui de penser ce qu’il souhaite de moi, c’est sa responsabilité et non la mienne. Ce n’est donc pas ma tâche de vouloir manipuler et contrôler sa pensée à mon égard via mon comportement.

  10. Parler uniquement des sujets de conversation qui m’intéressent vraiment :
    Je ne cherche pas à parler à tout prix de tout et n’importe quoi, et ce, dans l’unique but d’éviter des moments de silence. Je parle uniquement de ce qui m’intéresse ; il y a en effet de grandes chances pour qu’il y ait au moins une chose dont j’ai envie de parler avec mon interlocuteur (que ce soit quelque chose qui me concerne, l’actualité ou autre) ou une chose que je souhaiterais apprendre sur mon interlocuteur (lui poser une question sur cette chose même si ça n’a pas de lien avec le sujet précédemment abordé dans la conversation). Le fait que la conversation (que ce soit mon interlocuteur ou moi qui parle) tourne autour de quelque chose qui m’intéresse vraiment fera que je serai bien plus investi dans l’interaction et qu’il y aura également, entre mon interlocuteur et moi, un partage d’émotions et une connexion inconsciente (même très légère). Parler de ce qui m’intéresse vraiment augmente mon niveau d’énergie dans l’interaction et la connexion sur ce plan avec mon interlocuteur.

  11. Comprendre que l’amour dont j'ai besoin ne peut venir, avant tout, que de moi-même :
    Je m’aime sincèrement moi-même. Cela passe notamment par trois points essentiels:
    a) aimer simplement et puissamment le fait que j’existe (voir détails ci-dessous),
    b) être pleinement moi-même (voir point suivant),
    et c) m’accepter véritablement comme je suis, avec mes qualités et mes défauts.

    Il s'agit de comprendre qu’une part importante de l’amour dont on a besoin ne peut venir que de nous-même.


    Détails du point a) mentionné ci-dessus (« aimer simplement et puissamment le fait que j’existe ») :

    Comment faire pour s’aimer, pour aimer le fait qu’on existe simplement? Une approche possible est la suivante: il s’agit d’aimer son existence, non pas le contenu de son existence mais simplement le fait (très puissant) qu’on existe. Il ne s’agit pas non plus de penser à ses qualités (et de faire le compte de ses qualités et de ses défauts en espérant que le solde soit positif), ni de penser que l’on est en accord (alignement) avec ses convictions profondes, ni non plus d’être fier de soi ou fier de ses réalisations. Il s’agit (animalement presque, à un niveau très « primitif ») d’aimer le fait qu’on soit là (on « est »).

    On peut faire le parallèle ici entre ce point a) et la théorie bouddhiste (laquelle est décrite dans de nombreux ouvrages, dont ce qui suit est, pour certaines parties, inspiré) et aussi probablement avec d’autres philosophies: il ne s’agit pas de chercher à aimer son égo (note : le terme « égo » n’est pas à comprendre ici dans le sens péjoratif qu’on lui associe d’habitude (l’aspect narcissique), mais comme étant la construction ou la représentation mentale que l’on a de soi), ce qui relèverait du point c) mentionné ci-dessus (=s’accepter véritablement comme l’on est, avec ses qualités et ses défauts). Il s’agit plutôt de simplement aimer le fait qu’on existe, sans chercher à penser plus loin (=sans chercher à conceptualiser ou à mentaliser) ce que cela signifie. Autrement dit, on ne cherche pas à aimer qui l’on est, ni le contenu de son existence, mais simplement le fait qu’on est là, qu’on existe. C’est sans doute plus facile à dire qu’à faire car on se dit très souvent qu’il est impossible d’aimer qu’on existe (car on ne se trouve pas suffisamment bien dans tel ou tel domaine, et que l’on a donc du mal à faire la distinction entre notre égo et le fait qu’on existe, ou parce que l’on est dans une situation de solitude et que l’on se dit, alors, que l’on n’est pas aimable si les autres ne nous aiment pas). Pourtant, aimer (=simplement et puissamment apprécier) le fait qu’on existe est la base, c’est le moteur premier de notre énergie d’intérieure, de notre amour intérieur.

  12. Etre moi-même :
    Je me montre comme je suis. Je dis ce qui je veux dire (mais sans agressivité) et je ne dis pas ce que je ne veux en fait pas dire. Je ne porte plus cette persona qui me coupait en réalité des autres et surtout de moi-même. Elle m’épuisait et ne me rapportait rien de tangible sur le long terme. L’authenticité rapporte bien plus qu’un comportement visant à plaire ou à ne pas déplaire (l’amour d'autrui ne s’achetant pas avec des sourires). Il n’y a que moi pour être moi. Je suis cette personne unique dont personne d’autre que moi ne peut incarner le rôle. Je commencer à incarner ce rôle car c’est de très loin mon meilleur rôle et celui qui me rapportera le plus sur le long terme.

  13. S’autoriser à être vulnérable en acceptant la possibilité d'être à nouveau blessé :
    Peu à peu, j’arrête de voir autrui comme une menace et je mets peu à peu de côté ma carapace (note : ce qui ne signifie pas forcément devoir dévoiler ses secrets intimes à autrui, notamment dans l’espoir que cela renforcerait notre lien d’amitié). J’accepte la possibilité de pouvoir être blessé à nouveau, même si c’est dur.

  14. Avancer chaque jour un peu plus:
    J’avance chaque jour un peu plus. Un jour, le papillon en moi va renaître ! » (note: le papillon étant utilisé ici comme le symbole de la renaissance)